« Ignoble »: indignation à Minneapolis après la mort d'un second Américain, tué par des agents fédéraux

Mardi 27 Janvier 2026

"C'est un massacre dans les rues", souffle Stephen McLaughlin dans l'air glacial de Minneapolis en rendant hommage à Alex Pretti, un Américain tué samedi par des agents fédéraux de l'immigration dans cette ville du nord des Etats-Unis.

 

Un mémorial a été improvisé dans la neige à l'endroit précis des tirs qui ont emporté cet infirmier de 37 ans, à quelques pâtés de maison de là où Renée Good, une Américaine du même âge, avait été tuée le 7 janvier par un policier de l'immigration (ICE).

 

Malgré une température ressentie de –20°C lundi, un flux ininterrompu de personnes continue d'y déposer fleurs, photos, bougies et messages manuscrits sous le regard des policiers qui se tiennent à proximité. Certains ne font qu'une brève halte, la tête inclinée. D'autres s'attardent, luttant contre les larmes.

 

Alex Pretti, disent-ils, est mort comme il a vécu: en prenant soin des autres.

 

"Merci pour ta compassion et ton amour envers toutes les personnes dont tu as pris soin", peut-on lire sur une pancarte déposée parmi les fleurs.

 

L'infirmier tentait de venir en aide à une femme lorsque des agents fédéraux l'ont plaqué au sol avant, selon les vidéos disponibles, de lui tirer dessus.

 

– "Ce n'est pas l'Amérique" –

 

Stephen McLaughlin, 68 ans, confie avoir été profondément ébranlé par la mort d'Alex Pretti et les déclarations de l'administration Trump, qui a cherché à rejeter la faute sur l'infirmier en allant jusqu'à l'accuser de "terrorisme".


 

"La corruption est désormais la règle, on ne peut plus faire confiance au gouvernement. C'est terrifiant et profondément ignoble de pouvoir exécuter quelqu'un de sang-froid dans la rue, puis le diffamer et mentir sur ce qui s'est passé", s'indigne ce retraité du Minnesota, dont Minneapolis est la plus grande ville.

 

"Le monde doit le savoir, cela doit cesser et nous devons y mettre fin maintenant. C'est un massacre dans les rues, ce n'est pas l'Amérique", ajoute-t-il.

 

"C'est un mensonge. C'est terrifiant, parce que nous avons tous des yeux, nous avons tous vu ce qui s'est passé. Nous avons vu ce qui s'est passé samedi et ce qui est arrivé à Renee Good", abonde Taylor Stoddart, cheffe d'entreprise de 25 ans, la voix brisée par l'émotion.

 

"Ils essaient de nous dire de ne pas croire ce que nous voyons de nos propres yeux. Vous vous moquez de moi? C'est vraiment triste et c'est vraiment, vraiment effrayant", poursuit-elle en secouant la tête.

 

Pour Tricia Dolley, infirmière elle aussi, la mort d'Alex Pretti prend une résonance particulière.

 

"Ce n'est pas une Amérique dans laquelle nous pouvons vivre, ce n'est pas ce que nous voulons, aucun d'entre nous. Ce n'est pas possible", affirme cette femme de 58 ans.

 

"Ils vont essayer de faire la même chose ailleurs mais nous savons comment faire", assure de son côté Kyle Wagner, 37 ans. "Nous montrons déjà concrètement au monde comment faire face à l'ICE, et j'espère que le reste du pays est prêt à tenir bon, lui aussi", dit-il.


 

"Nous formons une communauté très soudée (...) C'est vraiment beau de voir tout le monde se rassembler ainsi pour lutter contre ces injustices", note Jasmine Nelson, 21 ans.

 

D'autres s'expriment plus discrètement, peinant à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent.

 

Une habitante de Minneapolis, qui a souhaité n'être identifiée que par son prénom, Jessica, retient ses larmes en expliquant pourquoi elle a ressenti le besoin d'être présente.

 

"Ce qui se passe est une attaque contre la Constitution et les droits des citoyens américains", juge-t-elle auprès de l'AFP. "Les libertés qui sont aujourd'hui restreintes sont celles pour lesquelles nous nous sommes battus et qui sont à l'origine même de la Révolution américaine." [AFP]

 
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